home

search

Volume 2 : Chapitre 14 - Visite Réminiscente

  Cerena avan?ait à pas lents dans le couloir, guidée par l'homme qui marchait près d'elle. Il était de grande stature, portait la barbe et était vêtu d'une armure de métal solide. Observant les lieux, la jeune femme restait silencieuse. Il la conduisait à travers le palais d'un pas assuré.

  ???

  Ce jour-là, Cerena s'était réveillée avec un mal de tête. La conversation qu'elle avait eue avec l'Empereur la veille ne quittait pas son esprit. Elle profita de sa toilette pour demander à sa suivante de confirmer ses propos, et de l'accompagner dehors. Celle-ci refusa poliment, puis prit congé.

  Néanmoins, quelques heures plus tard, un soldat se présenta devant sa porte. Elle le reconnut aussit?t : il s'agissait de nul autre que du Capitaine qui l'avait escortée jusqu'au palais, et également l'ancien ma?tre d'armes d'Owen.

  — Je vous souhaite une bonne journée, Ma Dame, dit-il en s'inclinant, un sourire aimable aux lèvres. C'est un honneur de vous revoir. On m'a fait savoir que vous cherchiez un guide, ce pour quoi j'ai été mandé.

  Cerena le regarda un instant, s'interrogeant sur ses intentions. était-il toujours ce soldat froid et protocolaire qui l'avait amenée jusqu'au tr?ne, ou bien l'homme loyal et chaleureux du voyage ?

  Avant même que la jeune femme ne p?t poser de mot sur ses doutes, la voyant hésiter, il poursuivit :

  — Je vous prie de bien vouloir excuser mon comportement de l'autre jour. Accomplir ma mission et rendre compte à Sa Majesté est toujours ma priorité absolue.

  Il s'inclina de nouveau, et conclut.

  — J'espère donc pouvoir me faire pardonner aujourd'hui. Je vous mènerai là où vous souhaitez aller.

  Elle baissa les yeux et réfléchit un instant.

  — J'aimerais… voir les appartements de mon fils.

  — Fort bien, Ma Dame. Veuillez me suivre.

  Il recula d'un pas et lui indiqua la direction, puis la suivit d'un pas en retrait.

  ???

  Ses émotions se bousculaient dans son c?ur. Depuis leur première rencontre, l'Empereur ne lui avait jamais paru autrement que terrifiant. Jamais il n'avait montré la moindre sympathie ni compassion à son égard.

  Il avait toujours agi sur elle sans attendre son consentement ; l'avait blessée, isolée, humiliée, séquestrée et abandonnée… et il s'était servi d'elle comme moyen de pression sur Owen.

  La seule vue de sa chevelure argentée était pour elle une source d'angoisse… au point qu'elle en était même venue à craindre son propre fils, partageant les traits de son père.

  Lorsqu'elle était arrivée au village, son passage au palais avait laissé des traces indélébiles gravées dans son ame. Elle avait mis des mois avant de retrouver les forces qu'il lui manquait, et de pouvoir réapprendre à faire confiance.

  Mais même après tant de souffrance, elle avait enfin réussi à faire du village son foyer, y fonder une famille, et se sentir à nouveau heureuse.

  Mais l'Empereur était revenu ; pas en personne, certes, mais peu importait. Il avait à nouveau tout détruit : le village br?lé, ses habitants assassinés, et sa famille dispersée et meurtrie…

  You could be reading stolen content. Head to the original site for the genuine story.

  C'étaient des actes inacceptables. Elle ne pouvait le pardonner. C'était impossible…

  Pourtant, sa résolution vacillait. Malgré sa menace implicite à son retour, elle ne parvenait plus à le comprendre. Il n'avait plus levé la main sur elle. Il lui offrait même un peu de liberté au palais… Il lui rendait visite tous les jours sans faute, sans la tourmenter, prenant même le temps de lui faire la conversation.

  Bien qu'il ne s'agisse pas de la compagnie qu'elle aurait souhaitée, elle savait toutefois à quel point l'isolement pouvait être pesant. Dans ces conditions, recevoir l'attention de cet homme représentait, en un sens, malgré tout une maigre consolation à sa situation… tant qu'il restait pacifique.

  Mais elle ignorait combien de temps cela durerait encore. Elle craignait qu'il se lasse de cette douceur.

  ???

  — Ma Dame, nous sommes arrivés, dit le Capitaine en s'arrêtant devant une porte, qu'il ouvrit.

  Il laissa Cerena entrer et se pla?a contre l'encadrement de la porte, la laissant s'imprégner des lieux.

  Elle s'avan?a, observant chaque détail avec attention. La pièce était semblable à sa propre chambre, ses meubles similaires. Elle s'assit sur le lit à baldaquin, caressant délicatement les couvertures et l'oreiller du bout des doigts, le regard perdu dans le vide.

  C'était s?rement le lieu qui avait donné vie aux rêves d'Owen : ceux qui leur avaient permis de se rapprocher dans un moment de solitude, et auxquels elle devait le salut.

  Cela la rendit mélancolique. Cette époque ne lui manquait pas, mais Owen, lui, oui…

  Après un moment, le Capitaine parla, l'interrompant dans ses pensées.

  — C'était un bon gar?on. Il était toujours appliqué dans ses le?ons. Il ne se plaignait jamais, et ne parlait que quand c'était nécessaire. Il savait écouter et apprenait vite. J'étais fier de l'avoir comme élève.

  Il parlait d'un ton assuré ; pourtant, Cerena sentit une pointe de tristesse dans sa voix.

  — J'ai été sincèrement heureux de le revoir, là-bas, dans la montagne. J'ai bien vu comme il avait grandi. Il n'a jamais tourné la page, n'est-ce pas ? La lueur qu'il avait dans son regard, lorsque je l'ai revu cette fois-là, ce n'était pas celle d'un gar?on en paix. Je suis navré que les choses aient tourné de la sorte. De l'avoir poussé à bout. J'aurais aimé que cela se passe différemment.

  Elle écoutait son discours en silence, un léger sourire aux lèvres. Les larmes lui montèrent aux yeux, une vague d'émotions lui serrant le c?ur.

  De longues minutes passèrent sans qu'aucun d'eux n'ajoute rien, ni ne fasse le moindre geste.

  Soudain, elle vit le Capitaine s'éloigner en s'adressant à quelqu'un. Puis, l'Empereur apparut sur le seuil.

  Cerena se leva, frottant ses yeux humides, tentant de retrouver sa contenance. Il observa les lieux avant de poser son regard sur elle.

  — Bonsoir, dit-il. J'espère que la visite s'est bien passée…

  Elle hocha la tête sans un mot.

  — Acceptes-tu de poursuivre à mes c?tés ? demanda-t-il.

  Cerena le regarda, circonspecte, puis s'inclina légèrement. Il se retourna et quitta la pièce sans plus attendre. Elle lui embo?ta le pas, tandis que le Capitaine resta sur place.

  L'Empereur la guida d'un bon pas dans le couloir, en silence. Peu de temps après, ils arrivèrent devant une porte somptueuse.

  — Permets-moi de t'inviter dans mes appartements.

  Le c?ur de Cerena fit un bond dans sa poitrine. Affolée, elle répéta :

  — Vos appa… vos appartements ?!

  — En effet, confirma-t-il, l'ombre d'un sourire sur le visage.

  Cerena sentit un frisson lui parcourir l'échine, la nuque moite de sueur.

Recommended Popular Novels