Cette fois, les choses étaient différentes.
Ce qui avait frappé Cerena, tout autant que les médecins, ce n'était pas la vitesse à laquelle la grossesse évoluait : elle en avait déjà connu deux similaires, qui s'étaient terminées sans complications et à une vitesse fulgurante.
Le plus frappant était la lenteur, presque ordinaire, de son évolution. Le premier trimestre s'était écoulé et son ventre était bien rond, mais la naissance n'avait pas eu lieu. Même les premiers signes étaient apparus plus tardivement.
Bien que ce f?t perturbant pour elle, les médecins étaient formels : le moment n'était pas venu.
En outre, depuis qu'il savait qu'elle attendait un enfant, l'Empereur continuait ses visites quotidiennes et était plus attentif à ses besoins. Il semblait parfois même presque amusé ; Cerena, se rappelant sa première expérience, totalement isolée, avait insisté pour qu'il ne change pas ses habitudes à son égard.
Cette période de la vie était souvent pleine d'émotions contradictoires. La présence et le soutien de son mari lui étaient indispensables, d'autant plus qu'elle craignait qu'il ne la v?t différemment. Ainsi, ils continuèrent de partager occasionnellement des moments de proche intimité.
Cela eut certainement un effet positif sur Cerena. Elle n'en restait pas moins soucieuse, chaque jour passant nourrissant un peu plus son inquiétude.
???
Durant leur voyage, il arrivait à Elvira et son père d'accomplir certaines taches rémunérées afin de pouvoir subvenir à leurs besoins. Chasser ou pêcher pour aider à nourrir la population, aider occasionnellement à la ferme ou encore se débarrasser de nuisibles ; il ne s'agissait la plupart du temps que de petites courses sans intérêt. Mais il leur arrivait aussi de devoir exécuter certaines taches plus dangereuses et moins plaisantes, comme retrouver un voleur à la tire ou protéger des marchands d'attaques de brigands.
C'était la raison pour laquelle Elvira s'entra?nait quotidiennement au combat singulier avec son père.
Elle avait maintenant quinze ans, et cela faisait plus d'un an qu'ils étaient sur la route ; mais s'étant suffisamment rapprochés de la capitale impériale, ils refusaient de s'en éloigner à nouveau, l'échéance de leur périple se rapprochant à grands pas.
Dans une prairie voisine, aux premières lueurs du jour, un parfum de rosée emplissait l'air. Le lever du soleil illuminait l'horizon dans une douce couleur orangée, et éclairant faiblement un jeune homme et sa fille, prêts à croiser le fer.
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Chacun était silencieux, parfaitement concentré sur l'autre. Elle leva son arme, anticipant le coup à venir et le parant sans hésitation. Elle pivota, laissa glisser l'arme adverse contre la sienne, lui faisant perdre l'équilibre, puis contre-attaqua dans son dos.
Ne se laissant pas surprendre par l'astuce, son père se retourna lestement et frappa d'un coup d'épée pour la contrer, mais seul le sifflement de son arme résonna dans l'air. Sans perdre un instant, Elvira s'était baissée et lui avait fait un croc-en-jambe, finissant de le faire trébucher.
Il tomba à la renverse et tenta de se relever rapidement, mais d'un geste de la main, Elvira le repoussa à terre, sans même l'avoir touché. Elle pla?a la pointe de son épée sur le cou de son père. Surpris par l'aisance avec laquelle elle l'avait vaincu, le jeune homme sourit.
— Belle victoire, lui dit-il, admettant sa défaite.
Elle l'aida à se relever.
— Mais ne te repose pas trop sur tes lauriers ; excès de confiance rime souvent avec déconvenues, ajouta-t-il.
— Je sais, Papa. Mais qu'est-ce que je peux y faire si je te bats à chaque fois ? répondit-elle, amusée.
Il fit la moue : elle avait raison. Fut un temps, il était un épéiste aguerri, mais il avait perdu ses réflexes. Non, ce n'était pas la principale raison.
Elvira était devenue forte. Cela faisait plus de trois ans qu'elle apprenait à manier une épée, ce qui représentait presque toute sa vie. Elle était agile, maligne, capable de s'adapter. Elle faisait tout pour retenir et mettre en pratique ce qu'il lui enseignait. Elle parvenait dorénavant à laisser ses émotions de c?té le temps d'un affrontement.
Semaine après semaine, ses victoires se faisaient plus fréquentes, plus rapides et plus assurées. Il avait de plus en plus de mal à tenir le rythme, ou peut-être ne lui laissait-elle tout simplement plus le temps de réagir.
Et surtout, chaque petite blessure qu'elle pouvait subir au combat était instantanément refermée, comme si elle parvenait à maintenir constamment un voile de guérison autour d'elle. Cela lui co?tait évidemment plus d'énergie et de concentration. Elle sacrifiait légèrement de son endurance psychique pour prolonger ses performances physiques. Cela lui permettait malgré tout de compenser sa petite carrure et la force qu'il lui manquait contre des adversaires plus coriaces.
Le jeune homme estimait qu'ils avaient atteint la moitié de leur voyage, mais il sentait déjà qu'il arrivait au bout des choses qu'il avait à lui apprendre.
La seule chose qui le préoccupait encore avait trait à son autre pouvoir, qu'elle ne ma?trisait pas totalement, et qui pouvait rendre fou. Il n'avait pas d'effet sur lui, et grace aux efforts qu'elle avait fournis pour le comprendre, elle parvenait au moins à en contenir temporairement les effets face aux autres.
Le temps qu'il leur restait ensemble devait être pleinement mis à profit, car aucune erreur ne serait permise. Il allait devoir trouver un moyen plus efficace de l'entra?ner. Peu lui importait qu'elle en e?t l'usage ou non — et il préférait que ce ne f?t pas le cas. Ce qui comptait, pour lui, c'est qu'elle f?t tout à fait en mesure de se défendre, quelles que soient les circonstances.

