Gisant sur son lit, Cerena contemplait le baldaquin, le regard perdu dans le vague. La cérémonie des fian?ailles avait été une vraie épreuve pour ses nerfs… mais elle savait que ce n'était rien, comparé à ce qui l'attendait encore au mariage. D'après ce que son instructeur lui en avait dit, elle comprit que l'humiliation serait plus grande encore : en raison du rituel en lui-même, mais aussi de la présence d'un plus large public.
Du bout des doigts, elle toucha le pendentif de son collier posé sur sa poitrine et le porta à hauteur de ses yeux.
Une pierre de lune, symbole de féminité et de fertilité, incrustée dans un médaillon d'or, associé à la divinité et au pouvoir. Ce présent était tout sauf anodin : cela lui donnait la nausée.
La cérémonie de mariage n'ayant lieu que dans plusieurs mois, ses le?ons se poursuivaient et allaient redoubler d'intensité.
???
Cerena avait été accompagnée à la salle de bal pour sa le?on quotidienne, par le Capitaine de la Garde qu'elle commen?ait à conna?tre.
— Ma Dame, commen?a-t-il en s'inclinant. Je tenais à vous présenter toutes mes félicitations pour vos fian?ailles.
Le Capitaine était quelqu'un de bien, elle le sentait. Au palais, il avait été l'un des rares hommes à lui témoigner un peu de sympathie et de compréhension, malgré son sens aigu du devoir et son inextinguible loyauté envers l'Empereur. Elle se sentait plut?t apaisée en sa présence, et avait une certaine confiance en lui.
Mais cette fois, elle ignorait quoi lui répondre. En avait-elle seulement le droit ? On ne lui avait jamais laissé le choix ; elle ne faisait que subir.
— Je me dois également de vous informer que j'ai été désigné comme votre garde du corps personnel à compter d'aujourd'hui, continua-t-il.
Elle le regarda d'un regard inexpressif.
? Un garde du corps ? Pour quoi faire ? ?, pensa-t-elle. Ce n'était pas comme si qui que ce f?t pouvait l'atteindre, ici… pas même les rayons du soleil ne le pouvaient.
— Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n'hésitez pas à m'en faire la demande. Je suis à votre disposition.
Ce dont elle avait besoin, c'était d'un peu de liberté et de sa famille. Que pourrait-elle lui demander de plus ?
Soudain, une idée germa dans son esprit : un petit, un minuscule espoir.
— Pouvez-vous m'apprendre à me défendre ? demanda-t-elle.
— Je vous demande pardon ? répondit-il, incrédule.
— Je veux… apprendre à manier une épée, ajouta-t-elle, feignant l'ignorance.
Il la regarda un instant, les yeux hagards. Il chercha ses mots avant de répondre poliment :
— Je… Je suis désolé, Ma Dame, mais je me vois contraint de refuser. Une dame de votre rang ne devrait pas se soucier de ce genre de trivialités. Je vous assure que vous n'avez rien à craindre tant que je serai là pour veiller sur vous.
Elle l'observa, espérant qu'il revienne sur sa décision, puis poussa un soupir de déception. Elle tourna les talons et laissa le Capitaine, perplexe.
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Elle s'y attendait.
Personne ne la verrait jamais autrement que comme une femme, dépendante des autres ne serait-ce que pour exister.
Pas même lui, un homme de principe qu'elle appréciait.
???
La danse et la musique étaient enseignées à Cerena pour satisfaire l'Empereur dans un cadre privé, et plus précisément pour la nuit de noces : une danse traditionnelle, à la fois lente, gracieuse et élégante.
Bien s?r, son instructeur lui enseignait également d'autres styles de danses, notamment de couple, afin qu'elle f?t prête à toute éventualité.
Justement, un jour pendant l'une de ces le?ons, ils re?urent la visite de l'Empereur. Cerena fut surprise et aurait été fort déstabilisée si elle n'avait pas travaillé sa tenue : en présence de son instructeur, elle ne pouvait pas se permettre un tel écart de conduite. Ils s'inclinèrent tous deux mais, l'Empereur, se pla?ant en retrait, leur fit signe de poursuivre sans lui prêter attention.
La le?on reprit, Cerena essaya tant bien que mal d'ignorer le regard pénétrant de son impérial fiancé posé sur elle.
Au bout de longues minutes, il s'avan?a et dit :
— Laisse-nous.
L'instructeur s'inclina et quitta la pièce sans demander son reste, Cerena le suivant du regard d'un air suppliant, puis, immobile, elle baissa le regard.
L'Empereur s'approcha à quelques pas d'elle.
— Reprenons, dit-il.
Le souffle court, Cerena tremblait à l'idée d'être jugée par son futur mari. Laissant sa gêne de c?té, elle obtempéra en silence, se remit en position et recommen?a ses gestes lents, fluides et doux, que son instructeur lui avait enseignés.
Concentrée sur ses mouvements, elle ne vit pas la main de l'homme s'approcher de la sienne. Il lui prit délicatement le poignet, et le dépla?a à peine, rectifiant sa posture.
Son pouls s'accéléra. La séance se poursuivit, l'Empereur dans le r?le de l'instructeur la corrigeant à chaque faux pas. Lorsque la danse toucha à sa fin, Cerena s'immobilisa et laissa son regard glisser vers lui, dans une audacieuse tentative de comprendre ce qu'il attendait d'elle.
Soudain, braquant son regard dans le sien, il leva sa main droite à hauteur de taille, la tendant vers elle, paume tournée vers le haut, et attendit sans mot dire. Il fallut un instant à la jeune femme pour réaliser.
à son tour, elle tendit une main, légèrement tremblante, qu'elle posa timidement sur la sienne. Il sourit, et dans un geste calme, il l'attira à lui, pla?ant sa main gauche derrière sa taille.
Appuyée contre lui, elle n'avait pas été aussi physiquement proche de lui depuis bien longtemps. Malgré toute sa bonne volonté pour garder sa contenance, elle ne put s'empêcher de sentir une sueur froide perler sur sa nuque.
Rien de son malaise n'échappa à l'Empereur : son c?ur frappant jusque dans ses tempes, sa respiration qu'elle ne contr?lait plus, le frisson qui traversait son échine, ni même le vertige qui mena?ait de lui faire perdre l'équilibre.
Mais il ne lacha pas, la soutint, puis guida ses pas dans une danse lente, subtile, serrés l'un contre l'autre. Ils restèrent ainsi plusieurs minutes.
D'une voix digne d'un murmure, il lui dit à l'oreille :
— J'ai des nouvelles.
étonnée, Cerena ouvrit de grands yeux, attendant la suite.
— Tes enfants sont en vie… Ils tracent leur propre route. Tu les reverras bient?t, j'en suis convaincu.
à ces mots, une vague de mélancolie et de soulagement la submergea : elle ne put retenir ses larmes qui roulèrent sur ses joues sans un bruit. La main de l'Empereur glissa progressivement depuis sa taille jusqu'à son dos, puis dans sa nuque, caressant ses cheveux, presque avec tendresse.
Pla?ant enfin sa main libre contre la taille de son cavalier, elle enfouit la tête dans son épaule et lacha prise, s'abandonnant à ses émotions, et transgressant par la même occasion toutes les règles qui lui avaient été inculquées.

